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Le 12 août 1988 une surdose certaine d’héroïne et probable d’inadaptation socio-temporelle restitua aux limbes de l’Ailleurs l’âme de Jean Michel Basquiat. Les sorciers vaudous de l’île d’Haïti, d’où ce peintre New Yorkais avait des ancêtres, enregistrèrent peut-être d’étranges signes ascendants ce jour funeste. |
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Basquiat conclut sa courte vie pour des causes et avec des moyens assez similaires à ceux de Van Gogh. Pourtant, le graffiteur d’aphorismes ésotériques connut assez rapidement une reconnaissance de son travail. Il fut en effet significativement exposé à partir de sa vingtième année. À cette même époque, il joua dans le film Downtown 81. Par ailleurs, il avait déjà obtenu une réputation locale indiscutable due à son groupe musical Gray et à son engagement actif dans le milieu underground des années quatre-vingt. Sa rencontre et son amitié avec Andy Warhol se ramifieront dans la coproduction de tableaux.
Jean-Michel Basquiat, en authentique artiste possédé par des forces innées flirta bien évidemment avec la schizophrénie et sa grande comparse la paranoïa. Ainsi furent signées nombre de créations sous l’acronyme SAMO (Same Old Shit). Ce terme signifiait pour lui: "SAMO: fin de la religion mindwash ou encore: SAMO sauve des idiots".
Dans le remarquable film biographique réalisé par Julian Schnabel une séquence très explicite nous révèle les fulgurances illuminant l'esprit d'un visionnaire créatif :
Basquiat, nébuleusement accompagné, voit se dresser progressivement une colonne de pneumatiques au milieu de l'appartement dans lequel il se trouve. Naturellement, il sourit face à cette apparition que lui seul vient de saisir.
Il convient donc de tenter de discerner systématiquement les dynamiques qui précédèrent la réalisation des singuliers dessins réalisés par cet artiste américain.
Car Jean Michel Basquiat se trouvait manifestement ailleurs lorsque dans un moment d’infraction nécessaire il sublimait les rames de métros, les pans de murs ou tout autre support l’inspirant. Cette urgence ne correspondait pas uniquement au besoin classique de reconnaissance, souvent standardisé, des bombeurs classiques.
Ses œuvres appartiennent à un monde spécifique. Celui de la re-création indispensable et absolue de l’environnement immédiat.
Ainsi, la rue, une fois transcendée, est un vecteur idéal d’appropriation artistique de par l’ampleur de ses espaces disponibles et vis à vis de ses aspects oppressifs enfin violentables. Mais, lorsqu’un Basquiat accomplit cette catégorie de transgression, l’homme urbain hautement sociabilisé redevient pour quelques instants un être en adéquation physique, mentale et spirituelle avec les forces immanentes du cosmos. Fussent-elles matérialisées par l’opalescence de néons incertains ou du gris acier de façades monumentales en béton. Voici pourquoi son œuvre, par delà de son immédiateté, ne correspond pas à de simples mots accolés à des formes graphiques supposées minimalistes.
Il s’agit d’un instantané formalisé en prise directe avec l’état mental de son auteur. Une signature, ou un graphe, en quelque sorte, mais codée en une langue extrêmement personnelle et hautement significative qui ne manquera certainement pas d’alimenter les réflexions de certains sémiologues pour de nombreuses années à venir.
Thibaut
Moinard |