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Survivre
est une chose, inventer demain en est une autre. D’un passé
agropastoral à une économie dont la musique est le moteur ; en
passant par l’expérience de la coopérative d’artisans « Corsicada »
en l’espace d’une cinquantaine d’années, la commune de Pigna a su
opérer à trois reprises sa mutation. |
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Pigna
de Balagne |
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En avant la musique
Une
édition du « Guide Bleu » du début des années
quatre-vingts, consacre Pigna comme « le » village des
artisans, siège de la
Corsicada,
et salue la belle vitalité de cette petite commune de Balagne qui après
avoir pâti du déclin du rural, avait su maintenir non seulement le
souffle de la vie, mais aussi une activité productive.
Rien d’une réserve
Vingt
ans après, les choses ont sensiblement changé sans que le présent
n’apporte un démenti à ce commentaire élogieux. Simplement, la
nature des activités n’est plus la même. Si certains artisans et
agriculteurs sont restés, Pigna est désormais avant tout un lieu dédié
à la musique ou oeuvrent luthier, flûtier, facteur d’orgue, où se
tiennent des ateliers de chant et de pratique instrumentale, où s’élaborent
créations et manifestations artistiques. Un village culturel, grâce
notamment à la densité du tissu associatif, parfois présenté de
l’extérieur comme un village-réserve de « cultureux »,
vivant hors le monde et ses petites vicissitudes.
Surprise !
Pigna n’héberge pas de purs esprits. Ici aussi, la vie est rythmée
par de menus évènements :
le passage du boulanger, du boucher ou du marchand de primeurs, la tournée
du facteur, le rituel des « grosses courses » à l’Ile
Rousse, l’arrivée du car de ramassage scolaire, les causettes – pas
des causeries ! – devant la Casa cumuna où siège Bibliane
Consalvi.
Enfant de Pigna « j’y ai toujours vécu et je compte bien y finir mes
jours ! », elle a été artisane – « je fabriquais
des bougies… » - tout en remplissant les fonctions de secrétaire
de mairie. En 1973, après les décès consécutifs de son époux,
adjoint au maire, elle a accepté de conduire une liste aux municipales.
Depuis elle a toujours été reconduite. Le combat pour la parité
n’est pas vraiment le sien : « je ne suis pas contre, mais
personnellement, je préfère travailler avec les hommes ».
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C’est
heureux, en un certain sens, car son premier adjoint n’est autre que
Toni Casalonga, cheville ouvrière du renouveau du village, personnalité
incontournable. Au point que, autre grand poncif lié à Pigna,
d’aucuns vous diront que cet Ajaccien d’origine est l’âme, voire
la tête pensante de la commune. Pas tout à fait faux. Mais pas
rigoureusement exact. « Toni est arrivé chez nous lorsqu’il était
tout jeune, et il a beaucoup fait ici. C’est vrai qu’on parle
beaucoup de lui, reconnaît Bibliane Consalvi, mais ça ne me dérange
pas. On fait du bon travail ensemble ». L’intéressé se dit par
contre gêné. « C’est comme me commentaire d’un match de foot :
on ne parle que de celui qui a marqué le but ! Qu’il y a
quarante ans, j’ai pris la décision de vivre ici et de faire ce que
j’ai fait, cela fait partie du passé, maintenant. Depuis, fort
heureusement, les choses ne sont pas restées figées. Ce qui est
frappant aujourd’hui, c’est de voir que des gens choisissent de
venir ici et/ou y exercer leur activité ».
Vivre… et travailler
La reconversion des gîtes municipaux en logements loués à l’année a
permis l’installation ou le maintien sur place de cinq familles.
« ça fait tiquer les Gîtes de France, mais tant pis ! lance
Bibiane Consalvi. Je préfère voir des volets ouverts douze mois sur
douze plutôt que quelques mois dans l’année ». Alors que tant
de communes rurales se dépeuplent ou sont réduites au rang de dortoir,
Pigna se singularise : démographie en progression, rajeunissement
de la population, proportion importante de personnes actives… et la
particularité d’attirer des actifs résidants dans d’autres
communes de Balagne voire du département. On vient ici pour travailler,
et notamment pour animer les ateliers de la Casa Musicale, ouverts aux
jeunes et aux adultes qui s’initient ou se perfectionnent à la
pratique du chant, de la flûte, du clavecin, ou de la cetera dans une
ambiance à la fois studieuses et détendue. La Casa, également siège
d’une maison d’édition de disques, accueille un espace hôtellerie
et restauration dès à présent ouvert sous les bons auspices de
Jean-Luc Debeuf, l’un des meilleurs chefs cuisiniers de France qui
aime à nous régaler de toutes saveurs corses (demandez lui une mise
en bouche). Car, autre signe distinctif de Pigna, on n’y parle pas
de l’allongement de la saison comme du merle blanc. Le mois de mars
donne le coup d’envoi de la saison qui ne s’achèvera que vers fin
octobre. « Si du fait de la petite capacité d’hébergement,
Pigna n’est pas un lieu de résidence pour les vacanciers on y
enregistre un passage important, souligne Bibliane Consalvi, avec des
pointes de sept cents personnes par jour en été. Nous avons
d’ailleurs créé un emploi jeune pour l’accueil et l’information
des touristes. » Pour la population résidante comme pour les hôtes
de passage, Pigna soigne son look. Le bâti est entretenu, prêté,
valorisé, de même que l’environnement. Dans un souci d’esthétique,
mais aussi de sécurité, la commune attribue aune aide au labour aux
bergers, qui deviennent ainsi acteurs de la prévention contre les
incendies.
Une idée à suivre…
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Tout par la musique
Les
animations et manifestations autour du culturel, et particulièrement de
la musique, ont une part déterminante dans cet engouement qui se
répercute sur les autres secteurs d’activité, du berger ou potier.
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On vient à Pigna pour les concerts, les
créations, notamment dans le cadre du Festivoce de juillet. Outre la Casa
Musicale et le théatre de plein air de la Vaccaghja, ancien enclos pastoral que
la commune a pris en bail et fait restaurer, le village est doté depuis peu
d’un auditorium
de cent quinze places2, réalisé en pisé et dont le coût, d’un montant de près de 2,5 M.F
est assuré par l’Europe, l’Etat, la CTC, le département et la commune.
Pourquoi une telle structure ici ?
« Parce qu’à partir du
moment où une activité est portée par une équipe, la question de l’équipement
s’impose et qu’il est plus difficile de mettre en place un outil et une équipe
autour que le contraire », explique Toni Casalonga. L’auditorium, qui sera
géré par les associations, permettra d’accroître le potentiel d’activité, grâce
entre autres à des résidences d’artistes qui pourrant s’y produire en concert.
D’ores et déjà, sa programmation est planifiée jusqu’en juin 2001. En moins
d’un demi-siècle, Pigna a montré qu’on pouvait faire plus que survivre au
déclin du monde rural traditionnel, en changeant de cap à deux reprises. La fin
de l’agro-pastoralisme, pas plus que celle de la Corsicada, n’a eu raison de
son existence. Et si l’on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait, il est bon
de réaffirmer que « demain ne meurt jamais ».
Tissu associatif
La fédération
E voce di u cumunu regroupe : Arte di
a musica (association de facteurs d’instruments traditionnels et de création),
Casa musicale (hôtellerie, restauration, activité musicales), Festivoce
(festival de la voix), Gruppu munimenri (association d’artisans et
artistes plasticiens), Madrigalesca (groupe vocal féminin), A
Cumpagnia (ensemble vocal et instrumental), l’Artisgiani di Pigna (association
des artisans et producteurs du village).
Damien
J. Maigne
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