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ROMS
et
ROUMAINS
La Roumanie
à l'heure de l'Europe
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C'est en 1856 que l'esclavage
des Roms* a pris fin en Roumanie.
Une donnée qui laisse chacun pantois en occident, où ce
volet de l'histoire n'est pas connu. Aujourd'hui, dans
la société roumaine, les effets pervers de cette période
continuent de se faire sentir. Les discriminations sont
monnaie courante à l'embauche, à l'école, pour trouver
un logement… Arrivés d'Inde au XIVème siècle, les Roms
représentent aujourd'hui deux millions sur une
population totale de 22 millions d'habitants. Plusieurs
ONG ont vu le jour afin de protéger leurs droits. Une
tâche ardue lorsque l'on sait que de nombreux Roms n'ont
pas de papiers, par peur de représailles. L'ONG la plus
active est sans aucun doute Romani CRISS (Centre
Rom pour l'Intervention Sociale et les Etudes). Afin de
nous présenter son action, nous avons rencontré Danut
Dumitru, assistant en charge du programme sanitaire de
l'association.
Pouvez-vous nous faire une présentation de Romani
CRISS ?
Romani CRISS est une ONG créée en 1993 par le
sociologue rom Nicolae Gheorghe. Notre action vise à
protéger les droits de l'homme, et tout particulièrement
les droits des Roms. Cela passe par des actions de
conseil et de lobbying auprès du gouvernement et de
toute autre institution, nationale ou internationale.
Récemment, le Département d'Etat américain s'est appuyé
sur nos données pour rédiger son rapport sur les droits
de l'homme en Roumanie. Nous agissons également en vue
de sensibiliser le public à ces questions, notamment par
le biais de la presse ou tout autre moyen de
communication.
Concrètement, quels sont vos champs d'action ?
L'une de nos grandes réussites relève du domaine public.
Dans le domaine de la santé, nous avons en effet mis en
place un projet pilote, adopté par le gouvernement. 260
personnes ont été formées au travail de "médiateur
santé" : elles se rendent dans les familles roms, afin
de les accompagner et de les orienter dans l'accès aux
soins.
Pour donner un autre exemple concret, notre département
"droits de l'homme" reçoit régulièrement des plaintes de
la part de Roms victimes d'abus, notamment d'expulsions.
Nous aidons ces personnes, et selon les cas nous les
accompagnons en justice.
Quel est la situation des Roms aujourd'hui au sein de
la société roumaine ?
Je peux vous donner quelques exemples parlants. Sur une
récente étude demandant aux personnes interrogées qui
elles ne souhaiteraient pas avoir comme voisin, 70 % ont
répondu "des tsiganes". Autre exemple : bien que cela
soit illégal, certains cafés continuent à interdire
l'entrée aux Roms. Mais ce qui est encore plus choquant,
ce sont les discriminations dont les enfants sont
victimes à l'école. Je me souviens avoir visité un
établissement neuf, dans une petite commune rurale, en
hiver. Derrière ce bâtiment neuf, il y avait un bâtiment
apparemment désaffecté, sans fenêtres, sans porte. C'est
dans cet endroit, également utilisé comme remise pour le
matériel, que les enfants roms étaient rassemblés pour
étudier, séparés des autres enfants non-roms. Même si
l'on trouve peu d'endroits comme celui-là, c'est déjà
trop. C'est sur le terrain de la loi que nous nous
battons, afin de créer les conditions les plus
favorables possibles à l'accès à l'éducation.
De quelle manière les médias influencent-ils
l'opinion ?
Les médias, souvent à la recherche du sensationnel,
entretiennent une image négative des Roms et ne nous
facilitent pas la tâche.
Parmi les conditions pour accéder à l'Union
Européenne, la commission a demandé au gouvernement
roumain de mieux protéger les droits des minorités dans
le pays, en particuliers les droits des Roms. Qu'en
pensez-vous ?
Je pense que cela aidera effectivement. Toute initiative
qui nous permet d'améliorer les lois est bonne à
prendre, car nous ne pouvons avancer qu'avec la loi pour
nous.
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* Les Roumains les
appellent tigani, les Allemands Zigeuner, les
Hongrois cyigani : tous ces mots venant du grec
atinganoi, qui signifie intouchable. Le terme
tsigane est en général utilisé seulement par des
personnes extérieures au groupe, avec une connotation
péjorative. Les Roms préfèrent le terme rom,
qui dans leur langue d'origine sanscrite signifie homme,
personne qui appartient au groupe, en opposition au
terme gadzo, qui signifie lui, eux, non-roms qui
n'appartiennent pas au groupe. |
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